Le Monde, la Chair et le Diable

Un film de Ranald MacDougall
Titre original : The World, the Flesh and the Devil
(Etats-Unis – 1959 – 95 minutes – Noir et Blanc – Cinémascope)

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• Sortie : 30 mai 2007
Réédition en Copies Neuves 35 mm (VO)
Distribution : Madadayo Films
87 bis, rue de Paris 93100 Montreuil
Tél : 01 42 87 32 92 / Courriel : madadayo@laposte.net
Site : www.virb.com/madadayo

Synopsis
Après un éboulement au fond d’une mine en Pennsylvanie, Ralph Burton (Harry Belafonte) attend des secours qui n’arrivent pas et finit par se libérer seul des décombres. De retour à la surface, il découvre que toute trace de vie humaine semble avoir disparu après le passage d’un nuage radioactif. En route pour New York, il traverse des avenues désertes, s’organise et récupère ce dont il a besoin dans les magasins, tirant derrière lui un chariot au pied des gratte-ciel abandonnés… Est-il vraiment le seul survivant de l’humanité ?

Interprétation
Harry Belafonte, Inger Stevens, Mel Ferrer

Fiche technique
Réalisation et scénario : Ranald MacDougall
Production : Sol C. Siegel & Harbel Production (Harry Belafonte)
Producteur exécutif pour la MGM : George Englund
Adaptation : Ferdinand Reyher
D’après le roman The Purple Cloud, de Matthew Phipps Shiel
Photographie (Cinémascope Noir et Blanc) : Harold J. Marzorati
Effets Spéciaux : Lee LeBlanc
Direction Artistique : William A. Horning et Paul Groesse
Décors : Henry Grace et Keogh Gleason
Montage : Harold F. Kress
Musique : Miklos Rosza
Chansons interprétées par Harry Belafonte : I don’t like it here, Gotta travell on et Fifteen. analyse de traffic

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Un roman d’une très grande modernité …
Disciple de Jules Verne et d’Herbert George Wells, le romancier britannique Matthew Phipps Shiel (1865-1947) considéré comme l’un des précurseurs de la science-fiction moderne, publie en 1901 «The Purple Cloud ». Le nuage pourpre est un roman catastrophe qui dépeint la destruction de la Terre par une couche de gaz empoisonnée et où le seul survivant, prénommé Adam, est rescapé d’une expédition au pôle Nord…
Pendant une vingtaine d’année ce livre connaît un grand succès en librairie, si bien que beaucoup de scénaristes songent à l’adapter pour le cinéma. En 1927 une société de production en achète les droits et plusieurs traitements sont effectués par différents scénaristes sans donner satisfaction au producteur. Celui-ci doit se résoudre à admettre qu’en l’état actuel de la science, le cataclysme prédit par l’auteur n’est vraiment qu’une anticipation peu réaliste et il décide d’abandonner son adaptation cinématographique.
Le projet reprend en 1956 avec Sol C Siegel, nouveau responsable de production des studios MGM qui confie l’écriture du scénario à Ferdinand Reyher (scénariste d’une dizaine d’adaptations depuis les années trente dont Wait’til the Sun Shines Nellie de Henry King - 1952). L’histoire et le projet du film ont maintenant le titre plus évocateur de « The End of the World ». La menace nucléaire terriblement concrète depuis la fin de la seconde guerre mondiale, donne au gaz empoisonné du roman du début du siècle une réalité que le cinéma peut maintenant mettre en scène.
Produit en 1959 par la Metro-Goldwyn-Mayer, Sol C. Siegel et Harry Belafonte, ce projet devient le film d’anticipation à la distribution la plus courte de l’histoire du cinéma.
Bien loin des milliers de figurants et des décors de la Rome antique de Ben Hur tourné à Cinecitta, le Monde la Chair et le Diable met en scène trois personnages (interprétés par Harry Belafonte, Inger Stevens et Mel Ferrer) perdus dans l’immensité d’un New York vidé de ses habitants après le passage d’un nuage radioactif qui semble avoir anéanti l’humanité toute entière.
Quelques mois plus tard, une autre production MGM reprend le même thème dans Le Dernier rivage (On the Beach) de Stanley Kramer (1959) adapté du roman du même titre du britannique Nevil Shute (1899-1960).
Dans ce film, une guerre atomique a ravagé l’hémisphère Nord et seule l’Australie a été épargnée. Les survivants (en sursis, avant l’arrivée des retombées radioactives) sont incarnés par Gregory Peck (commandant d’un sous-marin américain), Ava Gardner, Anthony Perkins et Fred Astaire.
Jusque là le cinéma fantastique des années cinquante produit pendant la Guerre froide, s’attardait plutôt à montrer d’autres types de catastrophes : des invasions extra-terrestres dans Le Jour où la Terre s’arrêta de Robert Wise (1951) et La Guerre des mondes de Byron Haskin (1953) ; la collision avec un météore dans Le Choc des mondes de Rudolph Maté (1951) ou les dangers de la science, du nucléaire et de son utilisation par l’homme avec Des Monstres attaquent la ville de Gordon Douglas (1953), Planète interdite de Fred Mac Leod Wilcox (1956) ou L’homme qui rétrécit de Jack Arnold (1957).
Le Monde, la Chair et le Diable demeure ainsi un film atypique dans la production américaine de 1959, original dans la thématique du cinéma fantastique des années cinquante mais aussi exceptionnel pour le style flamboyant de la MGM.

Le tournage à New York …
Comment tourner un film dans une ville de huit millions d’habitants en supprimant non seulement tout trafic automobile mais aussi en donnant l’illusion que la cité s’est entièrement vidée de sa population ? C’est le défi le plus important qu’ont eu à relever le producteur Sol C. Siegel, le réalisateur Ranald Mac Dougall et son chef opérateur Harold J. Marzorati. Refusant de recourir aux trucages, Ranald Mac Dougall, décide de tourner les scènes d’extérieur de New York aux premières heures de l’aube, entre 4h et 6h30 du matin avant que la ville ne reprenne son activité. Ce choix oriente le directeur de la photo vers l’utilisation du noir et blanc, plus sensible que la pellicule couleur, afin de permettre aux équipes de travailler en lumière naturelle sans éclairage et matériel lourd à installer.
Minutant exactement la durée de chaque prise de vue pour chaque quartier, la production obtient l’autorisation de la police d’interdire la circulation, fait éteindre les éclairages municipaux et les enseignes lumineuses des différents commerçants et prie les habitants de ne pas se manifester à leurs fenêtres.
Le Monde, la Chair et le Diable bénéficie ainsi des sites déserts de la «ville qui ne dort jamais» donnant au film un impact visuel incomparable pour l’époque !
On reconnaît facilement : Times Square, la 5e Avenue, le Lincoln Tunnel (où sont empilées des centaines de voitures abandonnées) le George Washington Bridge, le bâtiment des Nations Unies, la 3e Avenue, l’Empire State et le Chrysler Building et surtout le quartier symbolique de Wall Street avec Trinity Church, le New York Stock Exchange et la statue de George Washington face aux marches du Federal Hall.
Le reste du tournage est effectué dans les studios californiens de la MGM, y compris certains extérieurs de New York notamment la séquence du canot qui traverse la baie
d’Hudson de New Jersey vers Manhattan.


Un film de Ranald Mac Dougall …
Ranald Mac Dougall naît le 10 mars 1915 à Schenectady dans l’état de New York. Dès 1945 il devient scénariste pour les plus grands réalisateurs : Michael Curtiz (Le Roman de Mildred Pierce - 1945, Le Roi du tabac - 1950, Trafic En haute mer - 1950 adapté du roman d’Ernest Hemingway « To Have and Have not » et La Cuisine des
anges - 1955) ; Raoul Walsh (Aventures en Birmanie - 1945) ; Alfred Hitchcock (Le Grand alibi - 1950) et Byron Haskin (Quand Le marabunta gronde - 1954).
En 1955 il passe à la réalisation et dirige Joan Crawford dans Une Femme diabolique, adapté du roman « Queen Bee » d’Edna L. Lee.
En 1957, il collabore une première fois avec la MGM, le producteur Sol C. Siegel et l’actrice Inger Stevens pour Man on Fire, et les retrouve pour son prochain film : Le Monde, la Chair et le Diable (1959) entourés d’Harry Belafonte et de Mel Ferrer.
En 1960 il met en scène Les Rats de caves, d’après le roman de Jack Kerouac « The Subterraneans » et en 1961 dirige Gina Lollobrigida et Ernest Borgnine dans Volupté.
Peu après il revient à l’écriture et collabore avec Joseph L. Mankiewicz au scénario de Cléopâtre (1963). Il réalise son dernier film Cockeyed Cowboys of Calico County en 1970 et meurt le 12 décembre 1973 à Los Angeles.

HARRY BELAFONTE
(Ralph Burton)
Harold George Belafonte Jr, surnommé Harry Belafonte est né le 1er Mars 1927 dans le quartier de Harlem à New York. Son père, martiniquais, est cuisinier dans la British
Navy, et sa mère jamaïcaine, couturière et gouvernante.
Il passe une partie de sa jeunesse et de sa scolarité en Jamaïque, baignant dans la culture et le folklore des Caraïbes dont il sera plus tard le représentant grâce au
Calypso (nouveau genre musical mêlant jazz et rythmes antillais) qui le rendra célèbre dans le monde entier.
En 1944, après avoir quitté l’université et effectué son service dans l’US Navy, il retourne à New York et découvre le monde du spectacle.
Il intègre les cours de l’American Negro Theatre et fréquente le Dramatic Workshop of the New School for Social Research de New York, en compagnie des jeunes Marlon Brando et Tony Curtis.
En 1949, il apparaît régulièrement dans la série télé Sugar Hill Times et se fait remarquer comme chanteur « crooner » dans les clubs de jazz new-yorkais. Dès 1953 il fait ses débuts à Broadway dans la comédie musicale John Murray Anderson’s Almanac et obtient un Tony Award. La même année, il fait sa première apparition au cinéma au coté de Dorothy Dandridge dans Bright Road (1953) de Gerald Mayer. Il la retrouve l’année suivante, sous la direction d’Otto Preminger dans Carmen Jones (1954), une version actualisée de l’opéra de Bizet entièrement interprétée par un casting noir américain.
Il enregistre ses premiers albums : Mark Twain et Belafonte. En 1955, il signe un contrat avec RCA Victor et avec son troisième disque, Calypso, devient le premier chanteur soliste (avant Elvis Presley) à vendre plus d’un million de disques sur le territoire américain.
Malgré le succès de films comme Une Ile au soleil mélodrame de Robert Rossen (1957), Harry Belafonte reste insatisfait de son expérience cinématographique et décide de créer en 1959 sa propre compagnie, HarBel Production.
Il acquiert les droits du film Le Monde, la Chair et le Diable et s’offre ainsi le premier grand rôle dramatique de sa carrière tout en interprétant les trois chansons du film.
Dans les années soixante, il poursuit surtout sa carrière au music-hall enchaînant tournées triomphales et sorties de disques, retrouvant le
grand écran seulement onze ans plus tard pour The Angel Levine (1970) puis au coté de son ami acteur et réalisateur Sidney Poitier pour Buck
et son complice (1972).
Parallèlement à sa vie d’artiste il faut noter qu’Harry Belafonte s’engage dès les années cinquante pour des causes politiques ou humanitaires. Pour l’égalité des droits civiques des noirs américains, il lutte au coté de Martin Luther King. En 1960, le président Kennedy le nomme Consultant culturel dans le “Corps pour la Paix”. Plus tard, il se mobilise contre l’Apartheid. En 1985 il est à l’origine du projet de la chanson «We Are the World» pour sensibiliser le monde contre la famine en Afrique. A partir de 1987 il devient Ambassadeur de « bonne volonté » pour l’Unicef et récemment encore il n’hésite pas à s’opposer à la politique de George Bush et à la guerre en Irak.

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