Aguirre, la colère de Dieu

Et Herzog inventa Kinski…

Aguirre, la colère de Dieu
Un film de Werner Herzog
(Allemagne, 1972, 93 minutes, couleur)

Quinzaine des Réalisateurs - Festival de Cannes 1973

Distribution : Madadayo Films

Ressortie en France sur copies neuves
le 9 juillet 2008

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Synopsis

En 1560, une troupe de conquistadors espagnols descend de la montagne à la recherche de l’Eldorado. L’équipée s’enlise dans les marais et une plus petite expédition placée sous la conduite de Pedro de Ursua et de son second, Lope de Aguirre, part reconnaître l’aval du fleuve sur des radeaux. Ambitieux et brutal, Aguirre manœuvre habilement pour proposer à ses hommes un nouveau chef, Fernando de Guzman qu’il nomme… « empereur du Pérou et de l’Eldorado ».

Interprètes
Klaus Kinski, Helena Rojo, Ruy Guerra, Del Negro, Petre Berling, Cecilia Rivera

- Production : Werner Herzog Filmproduktion
- Scénario : Werner Herzog d’après le journal du moine Gaspar de Carvajal
- Image : Thomas Mauch (Eastmancolor)
- Son : Herbert Prasch
- Montage : Beathe-Mainka-Jellinghaus
- Musique : Popol Vuh

- Visa d’exploitation : 44 034 (Première sortie France 26/02/75)
- Interdictions : Visa Tout public
- Image : 35mm Couleur – Format : 1 : 1,37
- Son : Mono
- Métrage : 2551m
- Elu Meilleur film étranger 1976 par le Syndicat français de la critique

En cliquant ci-dessous sur “tout voir”, vous découvrirez le récit du tournage par Herzog (Pelicula o Muerte)


LA IRA DE DIOS
Werner Herzog s’amuse aujourd’hui de ce que la relation de l’épopée d’Aguirre par le moine Gaspar de Carvajal, qui accompagne le film en voix off, ait été pure invention de cinéaste, laissant entendre que très peu de textes relatant cet épisode auraient traversé les siècles. Or, s’il n’en a lui-même lu - et voulu retenir - que des bribes, notamment la lettre de Lope de Aguirre à Philippe II d’Espagne (1), Herzog n’en a pas moins emmené son équipe et ses spectateurs sur les pas de personnages bien réels, héros de nombreux récits, pour la plupart mémoires en défense composés par des repentis craignant la justice royale après la mort du renégat, maintes fois copiés et traduits depuis le 16e siècle, du plus connu et complet — la relation de Francisco Vasquez —, aux Chroniques de Toribio de Ortiguera qui évoque en 1565, soit quatre ans seulement après la mort de celui-ci, l’adoption par Aguirre de son surnom “La ira de Dios” (2). Ces écrits ont d’ailleurs largement documenté un autre long métrage, El Dorado, tourné par Carlos Saura quinze ans plus tard, dans lequel Omero Antonutti eut la lourde tâche de reprendre le rôle immortalisé par Klaus Kinski.
Mais c’est un autre film qui apparaît en surimpression quand on revoit Aguirre : Apocalypse Now (1979). A ce propos — et après avoir d’ailleurs souligné que le premier long métrage de Werner Herzog, Signes de vie, était déjà une histoire de soldat perdu, Emmanuel Carrère (2) cite cette réserve sibylline du cinéaste allemand : “Aguirre est fondamentalement un film où l’on descend la rivière et Apocalypse Now un film où on la remonte”…

(1) : “Lorsque j´étais jeune, j´ai traversé l´océan jusqu´à la terre du Pérou pour conquérir la gloire la lance à la main et afin de remplir mon devoir de gentilhomme. Durant vingt-quatre années, je vous ai rendu de grands services, en soumettant les Indiens, en m´emparant de villes, et en me battant maintes fois en votre nom, en offrant toujours le meilleur de ma force et de mon habileté, sans jamais requérir de vos officiers la moindre aide, comme cela peut être vérifié dans vos mémoires royales. À présent, je crois fermement, très excellent Roi et seigneur, que pour moi et mes compagnons, vous n´avez jamais été rien d´autre qu´un tyran cruel et un ingrat.(…) Puisse Dieu faire que nous obtenions avec nos armes la récompense qui nous est due en droit, mais que vous nous avez déniée. – Lope de Aguirre, fils de vos loyaux vassaux basques, et à présent rebelle jusqu´à la mort contre vous et votre ingratitude.”
(2) : Lire la postface de Bernard Emery à la Relation du voyage et de la rébellion d’Aguirre, d’après le manuscrit de Francisco Vasquez (Ed. Jérôme Millon, 1989)
(3) : Werner Herzog, Emmanuel Carrère, Edilig, 1982



POPOL VUH
Popol Vuh fut fondé en 1969, à l’aube des années qui virent la scène allemande larguer les amarres du rock anglo-américain, avec des groupes sans leader (Klaus Schulze excepté) ni guitar hero, aux compositions essentiellement instrumentales, alliant synthétiseurs et musiques du monde, dont une part se dissoudra dans le new age : Kraftwerk, Can, Tangerine Dream, Amon Düül, Ash Ra Temple furent d’autres fleurons de cette Kosmische Muzik, plus péjorativement baptisée Krautrock par les médias anglais.
Musicien de formation classique, pionnier du moog, Florian Fricke, sans conteste l’âme de Popol Vuh qui ne survécut pas à sa mort en 2001, était un critique musical et réalisateur de courts métrages très actif dans le Munich des sixties quand Werner Herzog lui confia, en 1968, le rôle d’un pianiste dans son premier long métrage, Signes de vie.
La bande originale de Aguirre fut le premier résultat d’une fructueuse collaboration entre Herzog et Popol Vuh qui signa ensuite les partitions de Cœur de verre (1976), Nosferatu (1978), Fitzcarraldo (1982) et Cobra Verde (1987).
Outre son amitié avec Fricke, on peut penser que Werner Herzog ne fut pas insensible au nom du groupe, Popol Vuh étant à l’origine une bible maya dont la version qui nous est parvenue date, comme l’épopée de don Lope de Aguirre, des années 1550 et qui débute ainsi : “C’est le récit montrant comment tout était en suspens, tout était calme, en silence; tout immobile, tout vibrait, et vide était l’étendue du ciel.”
•Principale source :
Au-delà du rock (la vague planante, électronique et expérimentale allemande des années soixante-dix), Eric Deshayes, Ed. Le mot et le reste, 2007.
•Site de référence :
www.popolvuh.it

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PELICULA O MUERTE

Extraits d’un entretien entre Werner Herzog et Simon Mizrahi, pour le dossier de presse de la sortie d’Aguirre en France, en 1975.
(Cit par Emmanuel Carrre, in Werner Herzog, Edilig, 1982)

Vous avez dclar que vos films naissent souvent de visions, dimages, de dcors. Vous crivez ensuite lhistoire qui doit sinsrer dans ce cadre.
Je ntais jamais all au Prou avant de tourner Aguirre. Javais imagin les extrieurs, leur atmosphre, avec une grande prcision. Ctait trs curieux. Tout tait exactement comme je lavais imagin. Les extrieurs navaient pas le choix. Il fallait quils se plient mon imagination, quils se soumettent mon ide. Cest ce qui sest produit. Les paysages ont rpondu mon appel.

Pourquoi avez-vous choisi le Prou ?
Dabord, lhistoire sy droulait. Cela aurait aussi bien pu tre la Bolivie ou la Colombie. Mais jai choisi le Prou parce quil me fallait un affluent de lAmazone et des Indiens. Jai descendu la plupart des affluents de lAmazone parce quil me fallait trouver des rapides dangereux et spectaculaires, mais pas au point dinterdire un tournage. Jai donc descendu le rio Huallaga, le rio Urubamba et le rio Ukayali, et bien dautres encore. Finalement, jai trouv des rapides trs dangereux et spectaculaires, qui auraient tout juste tolr le passage de 150 personnes en radeaux. Les prparatifs furent extrmement longs. Il ny avait aucun village prs des rapides. Jen ai donc fait construire un pour environ 450 personnes.

Vous tiez si nombreux ?
Il y avait tous les figurants. 270 Indiens des montagnes. Nous avons nomm le village  Pelicula o muerte , le film ou la mort. (…)

Combien de mois de tournage ?
Sept semaines exactement. Mais le temps du tournage proprement dit fut encore plus court, environ six semaines. Nous avons perdu une semaine pour transporter toute lquipe et le matriel dune rivire lautre : une distance denviron 1600 km. Des montagnes, nous sommes alls jusqu Quitos, dans la plaine prs de l Amazone. Il fallait tout transporter.

Pour la dernire partie du film…
Nous avons tourn sur le Rio Nanay. Nous avons perdu beaucoup de temps parce que nous navions quun tout petit hydravion sur les six qui nous avaient t promis. Le transport fut trs difficile organiser. Il fallait tout faire petit petit, par exemple un voyage spcial pour le cheval tout seul. Ctait extrmement dur.

Vous avez tourn dans lordre chronologique ?
Oui, presque tout le film, parce que la chronologie est lie au rythme. Ce qui mintressait, par exemple, ctait comment un grand mouvement arrive au point mort. Ou aussi, comment des gens, une arme entire, se dplacent dans une direction et puis, vers la fin du film, il ny a plus de direction du tout. Aussi, le rythme, le temps, la vitesse de la rivire et lenlisement progressif sont-ils extrmement importants. Cest pourquoi jai voulu tourner dans lordre chronologique. Ctait relativement simple faire. Au dbut, il y a toute une arme, presque mille personnes, jtais bien content den finir au bout dune semaine !
Ensuite, tout allait mieux parce que nous ntions plus quun petit groupe. Nous passions dune rivire une autre. Notre chronologie suivait celle du film. (…)

Vous avez pris dnormes risques. Il est vident, par exemple, que vous avez tourn dans les rapides, sans tricher. En voyant le film, on tremble pour lquipe.
Oui, cest un avantage. Dans les films dHollywood, par exemple, on voit que le danger nest pas vrai. Mais dans ce film, au contraire, cest rel et on ressent que cest authentique. Et la plupart des risques, il faut tre honnte, cest moi et loprateur qui les avons courus. Nous tions les seuls sur le radeau obligs de nous dplacer partout. Les autres taient attachs par des cordes au radeau. Si quelquun avait t emport par une vague, nous aurions pu le sauver. Mais non pas loprateur et moi, il tait impossible de nous attacher, nous devions tre partout en mme temps.

Il y avait des rameurs sur les radeaux ?
Oui. Mais eux aussi taient attachs. On les voit dans le film, ce sont des Indiens. Il y avait quatre radeaux au dpart, ave une dizaine de personnes sur chacun. Loprateur et moi tions sur lun deux, et on voit les trois autres par-dessus les ttes des rameurs. Les gens sont attachs aux radeaux par des cordes aux poignets, on sen aperoit si on regarde avec soin. En effet, la premire fois que je suis pass sur les rapides, notre radeau sest bris en deux. Je suis rest avec deux personnes sur une moiti ; lautre, avec les rameurs, est partie la drive et sest fait prendre par un tourbillon. Il leur a fallu deux jours pour sen sortir. Notre moiti de radeau sest arrte sur le rivage, 3 km plus loin. Cest ce qui nous a sauvs. Jai compris quil fallait prendre quelques prcautions… Nous avions des radeaux trs solides, construits par les Indiens les plus experts de la rgion, et nous avions les meilleurs rameurs. Mais il faut avouer que, de toute faon, ils taient ivres, ce jour-l, et personne naurait pu les contrler. Mais ils sen sont bien tirs.

Vous avez tourn cette scne en un jour ?
Oui. Mais lun des radeaux fut pris dans un tourbillon pendant presque dix jours. Une nuit, la crue la bris en plusieurs morceaux et il a fallu en construire un autre.

Et ce quon voit dans le film, cest un vrai tourbillon ?
Oui, bien sr. Le dbit de la rivire tait tellement rapide, si incroyablement violent, les vagues si hautes, et le radeau allait contre-courant ! On peut voir le rocher, denviron 15 mtres de haut, sur le rivage. La nuit, nous jetions des cordes aux acteurs sur ce radeau, ils les attachaient autour de leur poitrine et nous les tirions, de lautre rive. Le lendemain matin, le radeau se dbattait toujours dans le tourbillon. Ces gens-l taient les plus courageux. Ils ont mrit plus dargent et ladmiration de tous. Ils taient tellement fiers chaque soir et ils vomissaient parce que le radeau avait tourn toute la journe. Le soir, on les tirait de l, et le matin on les remettait sur le radeau. Ctait trs dur. Le radeau tournait sans cesse, parfois il remontait le courant sur 20 mtres, puis il revenait. Aucun moyen de len sortir.

Le premier plan du film est saisissant. On se demande constamment o peut se trouver la camra ; a semble si dangereux. Quelque part sur la montagne pic ?
Oui, sur un ct de la montagne en face. Nous avons film de l, une altitude de 3 000 mtres. Cest encore la jungle, et le rocher tait la verticale nos pieds. Les Incas avaient creus un immense escalier en zigzag dans le rocher, nous lavons utilis pour ces 900 personnes qui sortaient des nuages. Ils rapparaissent en montant, sur une crte troite, et de chaque ct, cest le prcipice de 600 mtres sur la rivire Urubamba ! Des eaux tumultueuses, sauvages. Cest un endroit incroyable.

Avec tout cela, pas daccident ?
Non. Jai fait prendre beaucoup de prcautions, et quand tout le monde a t en place, je leur ai parl. Je suis mont trois fois sur la montagne ! Pour moi, ce genre de travail doit tre athltique. Jengage tout mon corps dans la ralisation de mes films. A lcran, vous pouvez juger de laltitude, de la rigueur de la pente. Jai parl avec tout le monde, brivement, quoi faire, comment agir. Je nutilise jamais de mgaphone, ni de viseur. Je dteste les metteurs en scne qui font cela. Je fais tout avec mes mains. Ce fut trs, trs difficile tourner. Il pleuvait tellement que nous avons commenc deux heures du matin pour transporter tous les gens, les chevaux, les cochons, les lamas, sur la montagne. Et les canons, que nous avions forgs nous-mmes.

Quel tait le sentiment de lquipe, des acteurs, des Indiens dans un tournage si difficile ? La solidarit, lide de contribuer quelque chose dimportant, ou au contraire la peur, la mfiance, la rvolte ?
Jai entendu des histoires assez curieuses. Vous auriez fini le tournage un fusil la main…
Pour la plupart, ce sont des rumeurs, la vrit dforme. Il y avait avec nous presque lentire population dun village indien de la langue ketchua, les Indiens de la montagne. Ils avaient le sentiment trs prcis que ce quils faisaient tait trs important pour tous les Indiens, quon allait expliquer les mauvais traitements reus, les privations, limprialisme, la misre profonde. Ils en taient trs conscients, aussi excutaient-ils les tches les plus dures. Un jour, nous tournions dans les marais. Ils tranaient de trs lourds canons, certains dentre eux taient dans la boue jusquaux hanches. Quand jai dit :  a suffit pour aujourdhui , ils ont rpondu :  pourquoi ne pas continuer, puisquon y est ? . Ils avaient le sentiment quil y avait quelque chose de plus important que leur situation personnelle ce moment-l.
Il y a eu des problmes avec Klaus Kinski, qui interprte Aguirre. Kinski, tout le monde le sait, est un hystrique, et cest peut-tre lacteur le plus difficile du monde entier. Un jour, sur scne, il a failli tuer un autre acteur. Dans une autre pice, un acteur ne faisait pas exactement ce que voulait Kinski ; alors, il la poignard si furieusement avec son pe de bois que le pauvre homme en a eu pour trois mois dhpital. Sur le tournage, Kinski avait lhabitude de minsulter tous les jours pendant deux heures. Il criait dune voix aigu devant tout le monde. Et ctait trs drle, parce que je restais silencieux. Et les Indiens avaient trs peur, ils chuchotaient, ils se serraient les uns contre les autres, les paules votes. Vers la fin du tournage, ils mont dit :  Nous avons peur, nous avons toujours eu peur, mais pas de ce fou de Kinski qui hurle tant . Ils avaient peur de moi parce que jtais silencieux.
A propos de lincident dont a parl la presse scandale, voici comment les choses se sont passes. Kinski avait insist pour que je renvoie des gens de lquipe sans raison. Il les a insults et a exig leur dpart. Et jai refus en lui expliquant quil avait tort, que ctaient dexcellents techniciens, qui travaillaient trs bien. Alors il ma dit quil sen irait. Jai rpondu que ctait impossible, que je le fusillerais et qu avant datteindre le versant de la rivire, il aurait six balles dans la tte. Je ntais pas arm, mais il savait pertinemment que je laurais fait. Alors, il a eu trs peur, il a cri  police, police !  en pleine jungle sans le moindre village 650 km la ronde ! Je lui ai fait comprendre quil ne me faudrait pas cinq secondes pour dcider que le film tait plus important que nos sentiments personnels et nos vies prives et quil nen mourrait pas. Je lui ai dit que je supporterais tout, toutes sortes dhumiliation, mais pas cela. Chaque jour, il pouvait le constater, il pouvait voir que pendant des semaines je ne dormais quune ou deux heures par nuit. Et il continuait encore minsulter. Je restais compltement silencieux et dtendu. Je lui ai dit calmement quil ne partirait pas, que je mettrais ma menace excution, et il savait que jtais srieux. Alors, pendant les dix jours qui ont suivi, il sest comport trs correctement. (…)

Le bateau sur larbre, vers la fin du film, on ne sait pas si cest rel ou si cest une hallucination…
Je voulais un bateau qui fasse carton-pte comme dans un film dHollywood. Mais, en vrit, ctait un vrai bateau, qui pesait des tonnes. Nous avons fait construire un norme chafaudage de 30 mtres de haut, tout autour de larbre. Il a fallu 35 ouvriers et une semaine de travail pour hisser le bateau, que nous avions dcoup en cinq parties, montes sparment dans larbre, et rassembles l-haut. Cest un vrai bateau, et il est toujours l, aujourdhui encore, dans larbre, au Prou. Dans le film, il semble irrel. Pour obtenir cet effet, jai attendu le moment juste pour tourner. Pendant la saison des pluies, il y a presque chaque jour des nuages trs sombres qui samoncellent peu prs une heure avant lorage, la pluie et les clairs. Jai attendu ce moment-l, les nuages presque noirs, au fond derrire larbre ; cela cre une atmosphre trange. Il me fallait ces quinze minutes, je savais quelles arriveraient et je les ai attendues. (…)

Les dizaines de petits singes, la fin du film, venaient-ils deux-mmes sur le radeau ou a-t-il fallu les mettre en place ?
Ce sont des animaux sauvages. Pendant des mois, des Indiens en capturaient pour nous, mais finalement ils les ont tous vendus un Amricain. Il nous a fallu voler ces 350 singes laroport. Ils taient dj sur un avion qui allait partir pour les Etats-Unis. Nous sommes entrs la douane en disant :  Nous sommes vtrinaires, montrez-nous les papiers de vaccination pour les singes ! . Nous savions quil ny avait pas de vtrinaire dans la ville et quil nexistait aucune loi de ce genre. Mais nous hurlions tellement fort que lhomme a fini par admettre quil ny avait pas de papiers. Alors, nous lui avons dit :  Descendez immdiatement les singes de lavion , nous les avons mis dans notre camion et nous sommes partis. Nous avons t obligs de les voler, littralement. La scne finale tait trs difficile tourner, parce que ces singes nous mordaient jusquau sang. Jtais sur le radeau, et quelques singes, pris de panique, me mordaient partout sur le corps. Je ne pouvais pas crier, parce que le son tait en direct. Ctait un cauchemar.

La nature est prsente partout dans le film, constamment, ds le dbut. On a le sentiment physique de la nature : elle est l, et il semble quAguirre a os la dfier et quelle se venge.
Effectivement, cest vrai. Mais ce nest pas sa seule fonction dans le film. Je ne pense pas en vos termes. Jai le sentiment physique de ce quest un tourbillon, un rapide, une jungle. Pour moi, tout cela se dfinit en contact, en termes de corps humain. Cest un travail dathlte. Cest la raison, par exemple, pour laquelle jai moi-mme descendu tous ces rapides. Je voulais ressentir le contact physique dun rapide et, quand jai su ce que ctait, jai pu tourner le film. Cest un sentiment purement tactile, corporel. Je prfrerais perdre la vue plutt que de perdre une jambe. Le jour o je perdrai une jambe, je cesserai de faire des films. Il le faudra absolument. (…)